Galerie Camera Obscura, Paris
Exposition du 6 novembre au 24 décembre 2026
Vernissage le jeudi 5 novembre, de 17 h à 19 h, en ma présence.

Depuis toujours, ma photographie est traversée par la question de la
mémoire.
La mémoire est faite de moments marquants, mais aussi d’instants
ordinaires : des lieux, des gestes, des visages, des lumières, des
sensations qui, sans que l’on sache pourquoi, demeurent quelque
temps en nous.
C’est cette matière fragile et incertaine qui nourrit l’essentiel
de mon travail.
Les photographies en couleur et au format carré s’inscrivent dans
la continuité de mes séries précédentes. Elles sont proches du
quotidien, de ces images familières que l’on pourrait retrouver
longtemps après dans une boîte ou un album. Elles montrent des
proches, des paysages, des intérieurs, des moments parfois infimes,
sans hiérarchie apparente. Leur importance tient moins à ce qu’ils
représentent qu’à ce qu’ils font resurgir : une présence, une
lumière, une sensation, quelque chose qui a été là.
Mais la photographie ne sauve rien tout à fait.
Avec le temps, les souvenirs se transforment, deviennent imprécis,
se fragmentent et parfois disparaissent. Que reste-t-il alors de ce
que nous avons vécu lorsque la mémoire elle-même commence à
s’effacer ?
Pour explorer cette disparition, j’ai progressivement introduit
dans mon travail des photographies en noir et blanc, réalisées avec
un appareil rudimentaire, réduisant volontairement l’acte
photographique à peu de choses.
La couleur disparaît. Les repères deviennent moins certains.
Figures, paysages, intérieurs et objets semblent appartenir à un
même espace indécis, entre apparition et effacement.
Les images portent également les accidents de leur fabrication :
vignettage, fuites de lumière, flous, imprécisions. Elles ne
cherchent plus à restituer fidèlement un souvenir. Elles en donnent
plutôt une forme possible au moment où il se défait : fragmentaire,
instable, lacunaire.
La photographie ne vient alors plus arrêter le temps ni préserver
intact ce qui a été. Elle met en scène sa disparition inéluctable
et tente d’en retenir, un instant encore, quelques traces.
Continuer à photographier, dans le temps qu’il me reste, pour ne
pas oublier.
Patrick Taberna



Memory has always been a central question in my photography. Memory
is made of defining moments, but also of ordinary instants: places,
gestures, faces, light and sensations that, without our knowing
why, remain with us for a while.
This fragile, uncertain material lies at the heart of my work.
The square color photographs continue my earlier series. They are
close to everyday life, to the familiar pictures one might find
much later in a box or an album. They show loved ones, landscapes,
interiors and sometimes the smallest moments, without any apparent
hierarchy. What matters is less what they depict than what they
bring back: a presence, a light, a sensation, something that was
once there.
But photography cannot quite save anything.
Over time, memories change, grow indistinct, fragment and sometimes
disappear. What remains of what we have lived when memory itself
begins to fade?
To explore this disappearance, I gradually introduced
black-and-white photographs into my work, made with a rudimentary
camera that deliberately reduces the act of photography to very
little.
Color vanishes. Points of reference become less certain. Figures,
landscapes, interiors and objects seem to inhabit the same
uncertain space, between appearance and erasure.
The images also bear the accidents of their making: vignetting,
light leaks, blur and imprecision. They no longer seek to
reconstruct a memory faithfully. Rather, they give it a possible
form as it comes apart: fragmentary, unstable, incomplete.
Photography no longer stops time or preserves what has been intact.
It stages its inevitable disappearance and tries to hold on, for
one moment more, to a few traces.
To keep photographing, in the time I have left, so as not to
forget.
Patrick Taberna
